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Les hivers en France

Hiver 1890-1891: Terrible fin novembre

 
  • Après une douceur assez marquée (11°C à Paris le 24 novembre 1890), le froid arrive très brutalement le 26 novembre, et deux jours plus tard, la température atteint -15°C à Paris ! (température la plus basse de tout l’hiver). Il s’agit alors de la vague de froid la plus intense jamais observée à la fin d’un mois de novembre depuis 1788. Si l’épisode se prolonge jusqu'au 20 janvier, il est moins intense que celui du mois de décembre 1879, et caractérisé par une quasi-absence de la neige à l’arrivée des grands froids de la fin novembre. Du coup, les semis de blés d’automne et d’avoines ne sont pas protégés et sont totalement perdus. Les gels et regels successifs de février et mars achèvent la destruction des céréales, et dans les régions du Nord, le sol gèle sur une profondeur de 85 à 90cm. Dans l’extrême Sud du pays, le froid est plus rigoureux qu’en décembre 1879 et de nombreuses souches de vignes sont fendues par les gelées à Montpellier. L’air polaire concerne également le nord de l’Algérie où le thermomètre affiche jusqu’à -13°C à Sétif alors que l’on mesure 25cm de neige à Alger. A Nantes, on peut traverser la Loire à pied à partir du 15 décembre et la couche de neige atteint 13cm. A Paris, la Seine est entièrement gelée du 12 au 24 janvier. Un bar à vins s’installe même très temporairement au milieu de la Seine, à la hauteur de Bercy mais, en prévision d’accident possible, la préfecture de police fait afficher l’ordonnance interdisant « le passage et les glissades sur la Seine, la Marne et les canaux ». Des agents sont postés de distance en distance sur les berges, et la foule regagne peu à peu les quais.


  • Comme toujours, on observe un énorme contraste entre celles et ceux qui profitent du froid et les autres, qui le subissent. Ceux qui en profitent sont bien entendus issus de la petite ou de la haute bourgeoisie. Ils pratiquent notamment le patinage; et à Paris, l’étang du Bois de Boulogne est très fréquenté. On y pratique également le fauteuil-traineau ou la chaise à patins (cette tradition sera perpétuée jusque dans les années 1960). Pour certains, c’est le lieu parfait pour se montrer. Les dames sont vêtues de longues robes d’hiver, de manteaux de fourrures et de chapeaux plus somptueux les uns que les autres. Ces dames n’ont donc pas intérêt à tomber car il leur est ensuite très difficile de se relever… Les hommes patinent généralement en costume très sobre et portent tous un chapeau.


  • A l’opposée, les pauvres sont loin d’apprécier ces rigueurs exceptionnelles, et cette vague de froid révèle une profonde misère  qui émeut l’opinion (peut-être davantage qu’en 1879). Ainsi, la chambre vote par exemple un crédit de deux millions pour venir en aide aux démunis, et les initiatives privées abondent (elles témoignent d’un sentiment d’entre aide beaucoup plus présent qu’il ne l’est aujourd’hui : ère de l’individualisme et du « chacun pour soi »). Le Palais des Arts-Libéraux (un des bâtiments de l’exposition universelle de 1889) est par exemple transformé en asile de nuit chauffé et muni de couchettes. Le président de la République (M Carnot) visite un centre le 22 janvier où 800 réfugiés attendent la distribution de la soupe.  L’entrée a lieu de 18h à 22h. Chaque homme reçoit en entrant sa gamelle contenant un litre de soupe composée de 125g de pain et 100g de légumes, haricots, pois, riz, pommes de terre etc., puis il va se coucher. A 7h du matin a lieu une nouvelle distribution de soupe et l’asile est évacué pour le service du nettoyage et de l’aérage, l’assainissement ou la désinfection. On remarquera que l’asile reçoit majoritairement des hommes (plus de 95%). En temps ordinaire, Paris compte environ 8000 vagabonds alors que lors d’une vague de froid comme celle-ci, les asiles en reçoivent 12000.


  • Concernant les prévisions météo, il faut noter que le réseau de stations météo se densifie peu à peu à travers le monde mais cette science n’en est qu’à ses débuts (le développement du réseau mondial ayant débuté sous l’impulsion de Napoléon III, le 17 février 1855). Aucune prévision n’est présentée dans les journaux de l’époque, et ce n’est qu’après un phénomène exceptionnel qu’une explication est éventuellement proposée. Dans l’Illustration de janvier 1891, il est d’ailleurs noté ceci : « Quelle loi météorologique régit les saisons ? Voilà une question qui nous est adressée de toutes parts et à laquelle nous aimerions pouvoir répondre. Si la connaissance du temps est encore à ses débuts et infiniment éloignée des certitudes qui font la gloire de l’astronomie, ce n’est pas une raison pour désespérer d’arriver jamais à aucun résultat (…) ». A la fin de cette vague de froid, le journal tente d’ailleurs d’expliquer comment le froid a pu déferler sur la France à l’aide de cartes Européennes très techniques et dans un langage très académique.  


  • Notons qu’à la fin de cette vague de froid (et pour éviter les énormes dégâts qui ont eu lieu lors la débâcle de janvier 1880), les troupes du génie procèdent à de nombreux dynamitages de la banquise de glace notamment située au niveau d’Asnières. Pour anecdote, l’extraction des blocs de l’étang du Bois de Boulogne permet de remplir les glacières de la ville de Paris.


  • Ces informations ont été recueillies par Guillaume Séchet. Toute copie est strictement interdite.

  • Copyright 2010. Guillaume Séchet pour meteo-paris.com

 

 

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